Pour l'instant, ne nous leurrons pas, je suis toujours en vacances et je vis encore au ralenti. Pourtant j'ai une foule de choses à faire: me repérer...je
le vois d'ici, une demi-heure pour trouver une simple baguette...le temps de découvrir où se cache la boulangerie...et le reste: comment se déplacer...encore que j'ai vu le métro, près de chez moi,
impossible de le rater tellement c'est grand -Il faut dire qu'avant Bilbao était une ville peu accueillante, très industrielle et pleine de fumée. Aujourd'hui, elle a opté pour le tourisme, tout en
originalité...toute une nouvelle ville à visiter (si j'ai le temps entre les cours et les sorties...)-, où faire du sport (reprenons les bonnes résolutions de l'année, histoire de ne pas trop
ressembler à un boudin dans le bikini cet été (maudites anorexiques à la mode!!!), et puis bien sûr, se renseigner sur la fac (quand commencent les cours, où...ce genre de choses...)
Pour l'instant, le ménage m'a occupé ...et permis d'éviter l'inévitable déprime de ces jours-ci...je ne connais personne (enfin si, une fille que avec qui j'ai travaillé il y a deux
ans, mais encore faudrait-il que je l'appelle!!).
Bref, j'ai gentiment ramassé la poussière (qui aurait cru qu'un jour je dise ça, moi qui ait horreur de ça) et rangé mes affaires...Résultat, chambre parfaite...voyons combien de temps ça
tient!
Cela dit, c'est la fin des vacances, et il faut en profiter...Un mois et demi pour les vacances de Noel, ça n'arrive pas tous les jours...de bonnes vacances, je dois dire! Pas comme l'été
dernier... C'est vrai, quoi...Les vacances, c'est fait pour s'amuser, pour se détendre...Ou non. Deux mois avec mes parents et ma grand-mère, couchés à 22h00 tapantes, levés à
8, occupés à épier les moindres faits et gestes des voisins, tout en claimant haut et fort le droit à l'intimité et à la tranquilité. Voilà, faites ce que je dis, mais ne faites pas ce que je fais.
C'est pas des vacances.
Rencontrer des membres lointains de ma famille, que je n'ai jamais vu de ma vie, ou dont je n'ai plus le souvenir, preuve que cela m'importe bien peu, est une autre
activité. Passionnante. Comme avec cette femme, que je serais actuellement incapable de reconnaître dans la rue, et encore moins placer dans mon arbre généalogique. Comme si ça avait de
l'importance. On me l'a présentée. Je rectifie, je me suis approchée du groupe, en allant chercher ma mère qui m'avait promis de venir me chercher immédiatement à la banque, avec son
traditionnel Je-te-rejoins-je-parle-à-personne-dans-la-rue. J'aurais du m'en douter, mais je me suis encore fait avoir. J'ai l'habitude, alors j'ai rien dit. Enfin, disons que j'ai pas fait
d'histoires, j'ai juste bougonné un peu, pour faire bonne mesure. Mais ma mère, ça passe par une oreille et ça sort par l'autre, si toute fois ça passe. Rien n'est moins sûr. Bref, l'inconnue a
sauté les formes habituelles de politesse. Pas de bonjour, pas de comment ca va, juste une remarque bien placée sur mon teint étonnamment pâle après deux mois de vacances, avec la plage à cinq
minutes en voiture. Et alors? Je me suis retenue de lui hurler que d'abord je prenais pas le soleil, et ensuite, qu'est-ce que ça pouvait bien lui faire? C'est vrai, soit je reste blanche, soit
je me brûle au second degré, même avec un écran total. Alors, malgré ce que peuvent dire le Cosmolitan ou le Vanity Fair dans leur numéro spécial été, je préfère avoir l'air malade que récolter
un cancer de peau. Je ne me souviens plus exactement de ce que je lui ai dit, mais mon ton sec a mis aussitôt un point final à la conversation à peine entamée. Plus tard dans la voiture, ma mère
m'a dit qu'elle était sympa. J'ai levé les yeux aux ciel. Moi aussi je peux être sympa quand je veux. Mais quand je veux pas, y'a rien à faire. Et là, y'avait définitivement rien eu à faire.
C'est comme ça.
Mais l'été n'a pas été totalement perdu. Je suis partie en Italie. Une semaine. Sept villes. Et quelques kilos en moins à force de marcher. Je
suis rentrée les pieds couverts de bandages, mais heureuse. A recommencer, le plus vite possible. J'ai jamais autant ri de toute ma vie. Et jamais autant stressé. Depuis le matin du premier jour
où on a pris l'avion jusqu'à l'arrivée et le retour à la maison, en Espagne. Maria José et Emi, mes deux compagnes d'aventures ont vu que représentait la vie au quotidien avec moi. Et elles ont
passé l'examen haut la main. Une sacré dose de patience, il faut le reconnaître. Enfin surtout Emi. Avec Mjo, j'ai encore choqué sur le thème désormais habituel. Plus précisement, on a eu encore
la même conversation. Sur la religion. Une heure à discuter avec hargne. Elle, catholique vs moi, athée jusqu'au bout des ongles. La religion, je peux pas, quelqu'elle soit. Je veux bien être
tolérante, mais certaines choses me dépassent. D'abord je crois pas en Dieu. Mais je suis pas contre la foi, attention. Chacun fait ce qu'il veut. Moi, si je crois, je préfère croire aux choses
qui existent. Si j'ai des problèmes de fric, j'appelle ma mère, qui malgré nos différences sera toujours là pour me tirer d'affaire. Si je veux faire quelque chose, je crois en moi. Personne
d'autre ne va le faire à ma place. Enfin bref, on a profité de la queue pour entrer au musée du Vatican pour se jeter nos remarques à la figure. L'ambiance religieuse autour de nous y a été pour
quelque chose, sans doute. Mjo disait blanc, je répondais noir. Et Emi gris. Peace and love. Vous avez toutes les deux raison. Hein? Comment on peut avoir toutes les deux raison si on dit quelque
chose de radicalement opposé? Je rigole au souvenir de cette conversation irréelle, mais sur le coup j'avais les nerfs à vif. Je savais plus comment y mettre un terme. Mjo me harcelait pour que
je lui donne un argument convainquant pour pouvoir critiquer la religion. Au bout du dixième, je commençais à perdre pied. Quoi, dire aux gens ce qu'ils doivent faire, interdire le préservatif,
faire du corps humain et de l'homosexualité des tabous, c'est pas des arguments? Comment ça, au M
oyen-Age, ils étaient méchants les curés et plus maintenant? Bien sûr!
Aujourd'hui, ils se promènent avec leur auréole en lançant des billets de 500 euros aux gens dans la rue...Ce qui serait pas mal, d'ailleurs... Enfin bref, j'ai du supporter les typiques
arguments du style "Oui, Dieu, il est tout gentil, mais les hommes sont tous méchants." Oh, les vilains hommes. Allez, tous en enfer! Les curés comme les autres. Et moi la première, je passe
devant pour montrer le chemin.
C'est clair, la religion est un sujet qui me dépasse...
A part ça, on a pas eu de problèmes. Ou presque pas. C'est juste une façon de parler. Les deux premiers jours ont été éprouvants. On a failli rater l'avion, évidemment. On
allait pas commenc
er le voyage sans
se faire remarquer, quand même. Et courir à perdre haleine avec nos bagages dans tout l'aéroport en poussant les gens, c'était parfait.
On l'a finalement pris, ce maudit avion, mais on a bien failli avoir une crise cardiaque en même temps. Surtout Emi, qui n'avait jamais volé.
Alors on lui a balancé des remarques du genre, "Si on s'écrase, y'a pas de risques de rester tétraplégique, au moins." ou "On est assises au fond, si on tombe, on a une chance de s'en sortir."
Charmant. De toute façon, avec le stress de l'aéroport, elle a pas eu le temps de trop y penser, et avant qu'elle s'en rende compte, on était déjà à Venise.
Et là, le premier problème qu'on a rencontré, c'ét
ait que les italiens parlent l'italien. Pas l'espagnol ni le français. Etonnant,
quand même!
Et quand Mjo a demandé comment on disait capuccino en italien, j'ai vraiment compris qu'on serait pas au bout de nos peines. "Je sais pas, Mjo,
capuccino, peut être, mais il faut que tu agites la main. Comme ça, pour que les gens pensent que t'es d'ici." Elle a ri, avec ce grand sourire que j'adore, parce qu'il respire la joie de vivre
et qu'il est si contagieux. Embêter et me moquer de Mjo a été mon occupation numéro un de ce voyage, tout comme pendant nos années de fac. Depuis le temps que je la connais, elle a l'habitude. Et
comme elle a perdu une grosse partie de sa naiveté pendant les dernières années, elle sait maintenant répondre. Je suis toute fière d'elle. C'est pas encore parfait, mais au moins, je n'ai plus
affaire à la toute gentille Mjo d'il y a cinq ans. Elle a gagné en sarcame et ne se laisse plus marcher sur les pieds. Bravo, ma grande!
Pour Emi, c'est pas encore gagné. Je l'ai embêtée aussi, quand j'ai eu suffisamment de confiance. Il faut dire qu'avant ce voyage, on s'était
rencontrées juste une fois. Evidemment, ca n'a pas été un obstacle pour m'acharner sur elle. Mais là, pas de réaction, en tout cas pas avant le quatrième jour, où elle a murmuré un timide "Are
you sure?" quand je lui ai demandé poliment si elle voulait bien me laisser une place sur le lit. Tout un événement. Mjo et moi avons applaudi avec ferveur. C'était ridicule mais tellement
vrai!
En tout cas, le voyage commençait bien...
Je m'égare, là...Tout cela n'a rien à voir avec Bilbao, mais j'aime bien parler de tout et de rien, juste comme me viennent les choses!